Vendredi 7 octobre 2005 - 20H30 et 21H30

 

 

Performance - Exposition Tléo
Horvari

 

avec

Karine Bonneau : Danse

François Richard : Lecture

Jean-Baptiste Apéré : Musique

 

 

 

Chapelle Sainte-Anne - Square Roze - 37000 Tours
Niveau 1
Niveau 0
Niveau -1

 

Lignes de fuite de François G.L. Richard à partir de quelques phrases de Le monde est vivant de J.MG Le Clézio.

La fièvre est mondiale. Le monde est vivant. Là-bas, les nuages se sont complètement dissous dans l'atmosphère. Seul un rideau de brumes, couleur de nacre, rappelle que l'encre est dans l'air, que les gouttes d'eau pulvérisées libèrent en mourant des mordorations comme des poussières, des millimètres infiniment lointains. Les bruits et les odeurs se multiplient comme un chahut, il doit régner sans cesse l'air d'une parole atomisée, pleine de promesses pour les êtres sauvages. La lumière se répercute ainsi qu'un écho contre les parois blanc mat, elle rebondit en tous sens entre les pièces du jeu, elle n'est d'aucune production, elle récrée l'entrée des cernes et de la surface frissonnante, poreuse, de ta rivière de papier Enfant. Elle glace, elle cristallise, ce n'est que de retour en retour qu'elle enduit et consigne ses propres silhouettes et figures. Les carapaces hermétiques des entités brutales se virent saturées de cette lumière sans effroi elle non plus. Parfois il semble que rien n'ait pouvoir de stopper cet émoi transelliptique de for en for, cette pluie déionisante en hardes, puisque son origine elle-même n'est guère encore possible. L'harmonie du silence néanmoins s'anticipe déjà aux somas des captations dans le stade de l'air, entre mort et moraure. Et là, dans le phosphène de cette préhension proche, au plein du décarnage en perception accélérée dans le disque chromatique, la vie n'est plus une guerre. Il y a un courant d'air froid comme un frisson qui mène vers le minerai, et c'est par sa moiteur que la pierre découvre le vrai en elle en plein, une larme telle un corps de chair elliptique à l'image du sablier des deux temps, octotonale. Jusque dans l'air que seuls les oiseaux peuvent respirer il y a la reproduction de cette construction filigrane de prismes, de matière illimitée, d'un pouvoir terminal. Depuis le sol une parole analogue creuserait ces enluminures ou alcôves secrètes exsudant leur bleu hémorragiel. Une foudre ascendante se décuplant à chaque mach de proximité du sens, tandis que la fièvre devint mondiale, qu'elle rejoint le présent, que la vie enfin confond le monde vrai, l'uchronie dans l'air réel étincelant de ce vernis si particulier tout de strates de secondes jusqu'alors crues inarrêtables. Que ce soit la pluie ou la boue cela roule pareil à un retroussement de nappes par quelque motricité de larmes antédiluviennes volcanisant soudain peut-être, vengeresses. Les corps disloqués se reconstituent dans la terminaison du même mouvement de ces dards émis depuis l'arrivée d'infini, muets, hologrammes inversés des blocs d'angles et de stries, des visages, des vues des campagnes hautes. Une sorte de haine résonne sans fin, mystère même de violence orpheline, qui sera –oui- la nature même de leur poussée hors du marécage de l'étant moite, qui sera l'imagination de la pangée, du temps où la terre était confondue au niveau du ciel, oui cela sera écrit, ou retracé.

Tout devenait défenestration de la substance. Le passage du miroir est un carnage sublime, chatoyant d'épitaxis. La chair libérée de la silhouette devenait légion nébuleuse d'armes tranchantes prêtes à dépecer le verre même qui les baptisa l'instant d'avant, un requiem utérin en guise de gestation du Principe. Les visages se libéraient comme des paysages montant vers l'azur. Vous étiez couvert de striures et des failles, une mer de pyramides. Les méandres de vos viscères rejoignaient vos lignes de main. On ne confondrait plus le diadème et le champ de reflets carnatiques qui le ceint, qui le ceignait. Votre envol est architectural. Toutes les anaérobioses de vos cellules devenant oxygène de la nuit de l'humain, du cri primal de l'encre infinie. Vous saisiriez les étendues. Ce n'est qu'un instant de regard mais vous avez cessé de vivre. C'est de notre matière, c'est sur votre peau que l'on peindra, ou que l'on distillera des pigments de couleur. Tout est en place. Vous gagnerez. La pureté saccage le schéol dans une exaction inexorable effroyable, dans ce seul jet (ouvrant la nature) que vous avez fait un jour, depuis ce seul trait de milliers de jours de sueur sur le regard. Plus d'appréhension de cette majesté, ces règles s'infinissant de table en table. Les impulsions ressenties ne se résolvent jamais. Elles sont arrêtées avant, car l'arrêt est la forme accomplie de leur existence. La vie est cube.

Un chant diffus émane des bulles, des bézoards divins éclos spontanément vers la millième lieue de l'ancrage. Le tumulte du sixième sens, renaissant. La tectonique du cube prismatique primordial l'emmène vers l'état de la géode, puis vers celui du cercle. Les parfums noirs se multiplient bientôt dans l'ivresse, reptiliens, plus rapides que la main pour tracer de nouveaux angles. Le monde est vivant,

ainsi, de timides coups de butoir en glissades et suintements qui retrouvent la forme intérieure. Il faut vivre avec lui, tel qu'en nous deux, la vie et l'art formeraient tous les jours l'être de travail, une main prête à relayer tous les galops et humeurs des mondes de ses propres cellules, à la main, les mondes de l'air venus irriguer les papilles des doigts saisissant le fusain et l'éponge. Les nerfs entre sable et plongé se nourrir de sa force justicière jusqu'à boire, longtemps, à sa source jointe de vie sans mort, et rester invincibles.

 

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